8 – Scalp et boules de mômes
Mes petites loutres en sucre,
Désolée, j’ai laissé passer un peu de temps cette fois-ci. Il m’en fallait pour digérer toutes les nouvelles avant de t’en parler. Car nous avons enfin rencontré l’oncologue. Une espèce de vieux beau tout plein de cheveux, qui a commencé la séance par : « Alors, dites-moi ce qu’internet vous a appris ! »
Ambiance.
Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence la suite des événements pour ma pomme.
Tout d’abord, lundi, je me fais à nouveau opérer…
… Pour poser la chambre implantable dans laquelle sera ensuite posée ma perf pendant les séances de chimio. Une opération en ambulatoire (mais en anesthésie générale) pendant laquelle on va me tripoter la veine cave. Ça reste bénin malgré tout. Tellement, que je vais gérer ma journée comme une grande avec un taxi ambulance.
Ensuite, la première chimio aura lieu le vendredi de la même semaine. Comme indiqué la dernière fois, les séances se diviseront en deux cures : 3 de FEC 100, réputé pour faire pisser rouge, couper l’appétit et fatiguer un peu (doux euphémisme pour parler de l’effondrement des globules et du massacre des cellules de l’estomac…) Ah, et accessoirement, ça fait tomber les cheveux aussi. Yeah.
… je vais perdre mes tifs, putain !
J’ai beau eu me dire que j’étais prête psychologiquement, mais là, comme diraient tous les Gérard du monde à l’apéro : c’est au pied du mur que l’on voit le mieux le… oui, bon tu l’as. C’est censé survenir entre le 5° et le 10° jour après la première séance. Du coup, j’ai décidé de me raser le crâne, probablement ce week-end d’ailleurs (si j’ai assez de courage) (et de copines) (et de Mojitos), car j’ai peur de ne pas être suffisamment en forme après la première injection. Et je ne veux surtout pas subir cette épreuve-là. J’ai besoin de reprendre un peu de contrôle sur tout ce qui m’arrive. Dire que je viens de passer 6 mois à perdre 10 kilos histoire de retrouver des relations sereines avec mon miroir, et que je vais finir avec la tête de Monsieur Propre… Tsss !
Ensuite, le toubib nous a parlé du risque de stérilité.
Ce n’est pas un 100% sûr et certain. Mais le risque est quand même là. Aussi nous a-t-il conseillé une préservation de fertilité. Des injections d’hormones dans le ventre tous les jours pendant deux semaines pour ensuite à nouveau passer sur le billard pour un prélèvement d’ovocytes. Tout ça pour avoir la joie, dans 5 ans, de partir dans cette folle aventure qu’est la PMA.
Ah oui, ça, c’était l’autre nouvelle kikou LOL du jour : je suis interdite de grossesse pendant les 5 prochaines années. Et après une consultation avec un spécialiste à Toulouse qui ne s’est pas montré particulièrement empathique, nous avons discuté de nos options. Il était hors de question de me faire subir de nouvelles tortures, tout ça pour une toute petite chance d’avoir peut-être quelque chose de viable dans 5 ans.
Non. Stop.
Je sais qu’à l’heure actuelle, s’il y a une chose que je ne me peux pas me permettre, c’est l’espoir fondé sur des peut-être, des dans cinq ans et autres Paris en bouteille. JE NE PEUX PAS laisser cette porte-là entrouverte.
Alors, cette porte j’ai décidé de la refermer de moi-même. Lentement, douloureusement, mais sûrement. J’ai fait le deuil de ce deuxième enfant dont j’avais commencé à parler à Benoît cet été. Mais cet enfant-là, ne sera jamais.
Alors maintenant, nous allons poursuivre notre chemin avec notre joli petit garçon plein de vie et de bisous qui pètent. Et notre famille, ce sera nous trois. Et ce sera bien.
Voilà.
Nous en sommes là.
Avec pour perspective, 6 mois de traitement, de cheveux qui tombent, de petites et grosses douleurs, de colère, d’épuisement, quelques larmes sûrement et entre deux, de nombreux combats.
Et puis après, plus tard — mais bientôt quand même — le grand bleu, nager avec les baleines, sauter en parachute, goûter du caviar au moins une fois, retourner en Inde, au Canada, faire un détour par les Everglades, la route 66, la maison d’Elvis et peut-être aussi la Thaïlande.
Bref, après tout ça, après la bataille, ce sera le tourbillon des fantasmes assouvis, des rêves devenus réalité, de la sage folie.
La vie, quoi.
Amour, lumière et schokobons sur toi.
Ton Chafard