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10 – L’impasse mexicaine

9 janvier – Parce que tu croyais peut-être que j’allais me laisser plumer si facilement !

Chère chimio, ma petite boule de sucre, ma jolie guimauve toute rose,

Toi et moi, cela fait maintenant un peu plus de trois semaines que l’on se côtoie : toi, faisant ton travail de chimio et moi, faisant mon travail de patiente, pas si patiente que ça. C’est que je me décarcasse chaque jour à rétablir un relationnel correct avec mon miroir et à laisser son espace personnel à la cuvette des toilettes dont je suis récemment devenue très proche. (C’est tout moi ça : je m’attache facilement.)

Tu connais ces films où le héros s’associe à l’ennemi de son ennemi et que finalement ils ne s’entendent pas si mal que ça ? Eh bien, toi et moi, ça ne marche pas comme ça. Nope. En ce qui nous concerne, ça me laisse plutôt un arrière-goût d’impasse mexicaine.

Mais si ! Tu sais, la fameuse scène où tout le monde a son flingue collé sur la tempe de tout le monde et vice-versa. Enfin bref, c’est juste pour dire : il est bien joli ton numéro de claquettes façon bon samaritain, oh la la, regarde je défonce tes cellules cancéreuses. Mais je ne suis pas dupe ! J’ai bien vu que tu en profitais pour TOUT ravager au passage. Et oui, tu m’as peut-être eu par surprise lors du premier round. Oui, j’ai l’air d’un hérisson déplumé. Et oui, je crois que je ne pourrai plus jamais regarder un resto indien dans les yeux.

Et alors ?

C’est tout ce que t’as ? Non mais je veux dire… T’as vraiment tout donné là ? Allez, on se retrouve lundi et d’ici là, je ne te dirai qu’une seule chose : game on bitch !